2005 - Mission générale d'insertion du collège Colonel Fabien, Montreuil
Nous n'irons pas à l'exposition coloniale

Réalisation :
atelier de sérigraphie avec les élèves (conceptions d'affiches), ateliers d'écriture, ateliers chants, un documentaire vidéo, Jusqu'à nouvel ordre, exposition, catalogue relatant les travaux.



Catalogue édité par La Parole errante (2005)
Commander le catalogue : 12€ (223 pages) + frais de port



«Ce que nous avons appris du surréalisme c'est que plus on est différent des autres, mieux on est armé pour fraterniser avec eux. La révolte profonde du surréalisme contre l'expositioncoloniale est l'un des aspects les plus méconnus. Sur le plan de la découverte du monde, cen'est pas un hasard si l'amour des cultures étrangères dominées est de la même trempe quel'amour de la folie, et que les résistances soient de la même trempe dans les deux cas.Comment suis-je devenu surréaliste ?. Quand j'étais tout petit, il y avait des petits journauxillustrés, avec des images horribles de nègre présenté comme des personnages épouvantableset ça m'a beaucoup frappé. J'ai gardé l'amour de ces gens présentés comme des sauvages et dessanguinaires. L'idée du bourrage de crâne ne marche pas avec moi. Alors on découvre que lamouvance surréaliste se trouve naturellement dans cette position de résistance à la logique de haine, à cette oppression de l'homme par l'homme.»

Lucien Bonnafé.



En 2003, nous étions partis des membres du groupe de « l'affiche rouge » qui avaient «inventé », en 1942, une manière d'être immigrés en France en devenant résistants.

En 2004, nous avions suivi Evariste Galois, Auguste Blanqui et Gérard de Nerval à la prison Sainte-Pélagie pour nous rendre compte que pouvait se croiser dans la marge, le meilleur.Dès lors, nous avions cherché quel sens donner au mot insertion.

En 2005, nous avons décidé de nous faire compagnons des surréalistes et de leur thèse reprise par Lucien Bonnafé - l'amour de la culture des autres est le meilleur rempart contre les pensées totalitaires - en plaçant le geste de l'accueil au centre de notre travail.

En 1931, les surréalistes demandent le boycott de l'exposition coloniale à Paris. Ils sont les poètes et les peintres en révolte contre le système colonial et avec eux, les fondateurs de la pensée de la négritude : Aimée Césaire ou Léopold Sédar Senghor. En février 2005, l'Assemblée nationale vote un texte d'orientation où il est dit : «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française en outre-mer et accorde à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issue de ce territoire la place éminente à laquelle ils ont droit ».
Entre ces deux dates, une classe de la Mission Générale d'Insertion composée de jeunes étrangers en attente d'un statut clair: Elisabeth, Fabienne, Mody, Mohamed, Mansour, Sidy, Esdras, Dado, Djegui, Sylvie,Gael, Natacha, Souleymane, Alou, Leyong, Ayhan, Amina, Manman...


Avec eux, nous avons exploré les différents sens du mot accueil :
- en essayant de reconstituer les étagères de la bibliothèque d'André Breton... Chaque élève arrive avec la culture de son pays. À peine arrivé, ce viatique se trouve malmené. Ils doivent souvent repenser leur désir de formation en fonction d'une échelle qui leur est inconnue. Sur les étagères d'André Breton, la seule échelle indispensable est ce qui noue une carte-paysage avec la parole d'un poète. Le paysage sera une affiche accompagnée d'un texte-chemin qui y mène.
- en leur demandant d'écrire leur trajet... Chacun cherche sa place dans les mots. Dans la classe de la mission générale d'insertion, plusieurs langues s'ajustent. Elle est un point de rencontre de cultures le plus sou-vent orales - peul, lingala, bambara, swahili, tamazight... - avec le français.
- en invitant à venir témoigner au collège, tous ceux qui sont en prise aujourd'hui avec la question de l'accueil... Leur venue a dessiné une géographie de leur présence à Paris. Pour « foyer », le directeur d'un centre d'hébergement d'urgence Emmaüs ; pour « square », un de ceux qui sont allés à la rencontre de jeunes Afghans qui n'avaient trouvé d'autre abri qu'un square près de la gare de l'Est ; pour « école », un membre du Réseau Education Sans Frontières pour évoquer les récentes mobilisations qui ont eu lieu dans de nombreux établissements scolaires ; pour « occupation », des membres du 9ème collectif de sans-papiers. Pour «foyer » encore, le résident d'un foyer de travailleurs migrants où il a entièrement reconstruit sa vie.
- en leur proposant de filmer à l'extérieur de l'école ce qui fait le quotidien de l'accueil qu'ils reçoivent.
- en leur proposant d'enregistrer et de filmer les discussions qu'ils ont entre eux au collège. La part d'un dialogue décomplexé et débarrassé du vouloir bien dire...
Les trajets des élèves racontent que nous sommes entrés dans une autre époque. La fin du cloisonnement des nations. Le besoin et la volonté de se déplacer des individus. La mise en place d'une histoire commune. Ils sont les fragiles porteurs de ce mouvement qui nous dépasse et dont nous avons voulu témoigner cette année.


Introduction au catalogue.



Deux documentaires ont été réalisés lors de ce travail :

Jusqu'à nouvel ordre et Paroles : Les dix-huit jeunes primo-arrivants accueillis par la Mission générale d'insertion installée au collège Colonel Fabien de Montreuil : mineurs, scolarisés et pris en charge par l'État, ils sont néanmoins menacés d'expulsion à leurs 18 ans.

Jusqu'à nouvel ordre : La classe de la « Mission générale d’insertion » du collège Fabien à Montreuil regroupe des jeunes « primo arrivants » récemment arrivés du Sénégal, du Congo, du Mali, de Mauritanie, des Comores ou de Chine. Arrivés comme mineurs sur le territoire, ils sont scolarisés et pris en charge par l’état mais menacés d’expulsion dès leur dix-huitième anniversaire. Huit d’entre eux ont accepté de faire ce film qui s’est construit selon leurs désirs de mise en scène. L’hôtel, le foyer, la famille ou la solitude, les adolescents évoquent le contexte de leur exil, leurs attentes et l’inquiétude d’être sans-papiers.

Réalisation Emilie Desjardins et Valérie Fouques. Production La Parole errante. Vidéo coul. 50 min.



DVD édité par La Parole errante (2005).
Commander le DVD : 10€ (55 min) + frais de port


Paroles : Réunis dans la classe du collège, ils débattent entre eux de leur parcours, souvent dangereux, jusqu’en France et de la difficulté d’être accueilli. Mais aussi des différences qu’ils observent entre l’importance de l’accueil et des rites et symboles qui l’accompagnent dans leur famille selon leur culture. Confrontés à la culture occidentale et tout ce qu’elle charrie de solitude, de manque de lien et de communication sincères entre les Hommes, chacun témoigne de l’importance de savoir accueillir "l’autre".

Réalisation Sarah Franco-Ferrer. Production La Parole errante. Vidéo coul. 41 min.




Image du film Paroles

Ce travail a été réalisé par Stéphane Gatti . Remerciements à l'équipe de la mission générale d'insertion et aux élèves qui ont participé à ce travail. Ateliers d'écriture : Reyzane Benchiha, Pierre-Vincent Cresceri, Patrick Garcia. Sérigraphie : Benjamin Gatti. Atelier chants : Sarah Franco-Ferrer. Vidéo : Emilie Desjardins. Conception du catalogue : Cécile Geiger. Producteur délégué : Jean-Jacques Hocquard.

Ce travail a été produit par La Parole errante et la Mission général d'insertion du collège Colonel Fabien de Montreuil. Avec le soutien du Ministère de la Culture (DRAC Île-de-France), de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, du Conseil régional de l’Île-de-France, du Conseil général de la Seine-Saint-Denis.